La plus belle fille de la classe

Il y a dix ans, grâce à ma page web Anomalie, j’ai rencontré des filles.

Une quinzaine de filles. Trois semaines à peine avant la fille du Bic, il m’est arrivé une autre histoire. Celle-ci est moins rocambolesque, mais a laissé des traces plus profondes. Quelques lésions que je porte encore.

* * *

Juin 2002. J’avais 23 ans, j’étais en train de devenir fou de frustration : je n’avais encore jamais eu de blonde. J’étais enragé par le déséquilibre dans la répartition de l’amour dans l’univers.

J’avais depuis toujours l’impression de passer inaperçu, d’être sous-estimé. Pas seulement par les filles, mais par tout le monde. Je suis petit et souvent on ne me voit pas. Encore aujourd’hui, lorsque je rencontre des amis de mes parents, ceux-ci parleront d’abord à mon frère, beaucoup plus grand et plus costaud, et croiront que c’est lui « l’aîné, qui est un professeur ». Comme si on considérait que mon esprit devait être proportionnel à ma taille. Maintenant, cela me fait hausser les épaules – c’est dans l’ordre des choses.

Mais pas il y a dix ans. Je vivais cela comme une insulte. J’étais arrogant, parce que je venais de trouver ma force : les mots, les idées. Je me découvrais capable d’avoir un discours profond, intelligent, mais personne ne le savait, personne ne voulait l’entendre. Je ne voyais que superficialité autour de moi. Je voulais me venger de l’univers, le punir de ne pas me porter attention en le remplissant d’un déluge de mots, en le bourrant de force avec mon discours. J’avais passé de longues années enfermé en moi-même à réfléchir, et tout devait sortir.  J’étais une bombe à retardement, prête à projeter des fragments coupants d’idées noires partout autour de moi.

En attendant de pouvoir le faire, je me répandais sur le web. Ma page Anomalie approchait de son terme : je l’avais remplie de 77 longs textes. Mis ensemble, le site fait 359 pages simple interligne : environ 190,000 mots. Un gros bouquin. Cette logorrhée s’accumulait mais  je n’avais pas fait le moindre progrès, encore. Quelques rencontres, mais aucune blonde. Une injustice cosmique intolérable.

* * *

Comme d’autres filles avant elle, M. m’avait un écrit un courriel plein d’éloges. Elle avait dévoré ma page en quelques nuits, au grand complet. J’arrivais à dire ce qu’elle aurait voulu dire, nous étions identiques, elle me comprenait. J’avais souvent reçu la même lettre, à quelques variations près, même parfois venant d’hommes. Si c’était une fille, elle terminait parfois son courriel en disant qu’elle était amoureuse de moi. Sans m’avoir vu, juste en me lisant. M. n’était pas allée aussi loin, mais sa lettre se terminait par « C’est tellement beau ce que tu écris. Je n’ose pas dire ce que tu es ».

Derrière ma façade d’intello hautain, je ne suis qu’un romantique qui rêve qu’on lui écrive ce genre de chose. Mais à cette époque, j’étais devenu méfiant. Au lieu de trouver cela flatteur, cela me faisait peur. Je prenais une attitude de blasé, détaché, je disais sur ma page que je m’en foutais, j’étais devenu méprisant. Mais en vérité je me méfiais de l’immense espoir, complètement démesuré, qui apparaissait à l’identique chaque fois que je recevais le moindre message d’une fille. Tout de suite éclatait dans ma tête des rêves de fusion romantique éternelle, et cela se mélangeait aux déceptions du passé pour créer une confusion monstre.

J’avais peur, mais l’espoir était plus fort. J’ai jasé avec elle sur msn. Elle ne cessait de me couvrir de compliments. J’étais plus intéressé par l’humain que tous ses collègues, étudiants en psychologie. Ce que j’écrivais était magnifique, profond, vrai. J’étais un être authentique. Je la laissais aller. Cela me faisait du bien, guérissait mon petit cœur amoché, mais en même temps cela m’inquiétait. L’espoir est une chose dangereuse.

Elle écrivait bien, semblait curieuse et vive, drôle et vivante, intelligente. À la fin, elle m’a demandé si on pouvait se rencontrer, même si elle habitait Québec. J’accepte toujours. Elle m’a envoyé sa photo. En 2002 les photos sur le net étaient souvent en basse résolution : c’était une photo scannée, on ne la voyait pas très clairement. Mais juste assez pour voir qu’elle semblait belle.

Je prévoyais aller visiter un ami à Québec la fin de semaine suivante, nous avons décidé d’aller prendre un verre ensemble.

* * *

Deux jours avant le départ pour Québec, nous avons discuté encore une fois sur msn. Les choses se sont mises à mal tourner. Plutôt que m’enterrer d’éloges, elle me bombardait de questions. Des questions de plus en plus insistantes, embarrassantes, inconfortables. Elle n’était pas satisfaite de mes réponses. Elle ne les croyait pas. Elle commençait à me fournir des réponses, elle me mettait des paroles dans la bouche. J’étais en train de subir un interrogatoire ou de devenir un sujet d’étude dans un laboratoire de psychologie. Elle m’analysait, elle essayait de me faire entrer dans des catégories tirées de ses manuels. Je me sentais manipulé. Le ton a monté. La conversation s’est terminée en engueulade. Quelques majuscules et points d’exclamations de trop. Je ne sais plus ce que je lui ai dit, sûrement quelque chose de blessant, une forme de vengeance bête. Une fois la conversation terminée, j’étais convaincu d’avoir tout gâché.

 * * *

Déçu et fâché d’avoir raté ma chance de rencontrer la belle psychologue, je suis parti tout de même visiter mon ami de Québec. J’y ai pensé pas mal, au long du voyage d’autocar. C’était de ma faute, mais en même temps, elle avait frappé un nerf durant notre échange, je ne pouvais ignorer ma réaction, ça n’augurait rien de bon. Nous n’étions pas fait pour nous entendre. En arrivant chez mon ami, elle m’avait envoyé un courriel : elle voulait fixer l’heure et l’endroit de notre rencontre, comme si rien n’était arrivé la veille. Cela me fâcha encore plus : je me sentais insulté, j’exigeais des excuses. Elle m’a répondu par un beau courriel, où elle disait qu’elle aurait voulu agir autrement. Elle voulait que je lui donne une autre chance. Elle avait encore envie de me voir. « S’il le faut, relis ce mail en t’imaginant la voix la plus douce que tu aies jamais entendu qui te le réciterait. »

Je n’ai pas pu résister. Nous avons fixé le rendez-vous pour le soir même.

 * * *

Mon ami est venu me reconduire au café Au temps perdu sur la rue Myrand, près de l’université Laval à Sainte-Foy. Je ne savais pas que je fixerais d’autres rencontres avec des filles dans ce même café, que je déménagerais deux rues derrière quelques mois plus tard. Ma première blonde robotique nazie, ma seconde blonde bouddhiste communiste, je les rencontrerai là aussi – par l’entremise d’internet aussi.

J’étais très nerveux, comme chaque fois. Avant même de descendre de la voiture, je l’ai aperçue, assise seule devant une table à la terrasse, devant le café. Je l’ai reconnue tout de suite. De loin, déjà, mon cœur s’est contracté brutalement. Je suis sorti de la voiture, je suis allé la saluer et avant même de m’asseoir en face d’elle, j’étais déjà amoureux fou.

Il se noue des milliards de connexions durant les premières secondes d’une rencontre internet. Dans la réalité, nous voyons le corps d’abord, de loin, nous avons le temps de l’observer pendant que nous spéculons sur l’esprit : elle est jolie, quelle est sa personnalité? Si on s’est d’abord rencontré sur le net, nous avons une bonne idée de l’esprit, mais le corps nous est donné d’un seul coup. Pour elle, ce fut un choc. Elle était d’une beauté terrible. J’étais habitué d’ignorer mon intuition qui me disait « Nah… » quand je rencontrais une fille grâce au net. Souvent, mon intérêt était nul mais je restais sur place quand même, juste pour voir, par politesse, curiosité, ou peut-être un léger désespoir. Au pire on s’ennuyait un peu, dans la majorité des cas il y avait moyen de passer un bon moment malgré l’absence d’attirance. J’avais toujours cette impression d’une rencontre artificielle, forcée, qui n’avait pas vraiment lieu d’être et qui disparaîtrait ensuite sans laisser de traces, une sorte d’erreur. Je restais même si mon intuition me disait de m’en aller.

Mais celle-ci, c’était la plus belle fille de la classe. En plein mon genre, à la puissance dix. Elle était toute petite, rousse, les yeux verts, les cheveux presque aux épaules. Son sourire était d’un blanc fulgurant, elle avait même consenti à porter un truc plutôt décolleté. Elle avait l’air très heureuse de me voir. J’étais abasourdi. L’attirance était violente, je me sentais aspiré par un trou noir. Une gravité effrayante. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir, il fallait entrer dans la discussion. Je pouvais donc ignorer ce délire amoureux qui a éclaté instantanément dans mon esprit, je mis tout cela de côté de force, incluant l’idée panique qu’il faut la tenter de la séduire mais que je n’avais aucune idée comment faire.

Elle posait beaucoup de questions. Elle ne parlait pas beaucoup, mais elle m’écoutait, très attentive. Elle voulait m’entendre parler. Elle poursuivait ses compliments en ajoutant maintenant des éléments réels, en chair et en os : j’avais une belle voix, je parlais bien, « comme les gens de Montréal ». De son côté, elle avait un léger accent, quelques diphtongues qui me laissaient voir qu’elle ne venait pas de Québec. Je lui ai raconté mon voyage de cinq semaines au Japon; j’étais de retour au Québec depuis peu. Elle n’était pas gênée d’aborder de front les sujets philosophiques de ma page web. Elle ne parlait pas beaucoup d’elle. Je suis malhabile pour poser des questions, et après un verre ou deux, je fais des discours et j’ai besoin d’un public. J’étais possédé par la rage du langage, ce soir là. Je me suis lancé.

— Ce qui m’énerve, c’est quand quelqu’un ne comprends pas pourquoi tu fais quelque chose, et te dis que c’est inutile. Comme écrire. Je passe des heures à écrire chaque jour, sans tout publier ou le faire lire, et on me dit que c’est inutile. Pourquoi ça devrait être utile, sur le champ? On me dit, « qu’est-ce que ça te donne, de faire ça? » J’ai juste envie de leur répondre : « Qu’est-ce que ça te donne de vivre, toi? On meurt à la fin! » La vie est inutile. Tout ce qu’on fait est inutile au bout du compte. Il y a des choses qui tirent leur signification en elles-mêmes! La vie se justifie par la vie elle-même, elle n’a pas besoin d’être utile à quelque chose d’autre, après! J’écris parce que j’ai envie d’écrire! Quand j’écris, je ne pense à rien, je ne fais qu’écrire. Je ne fais qu’être là. Ce n’est pas une fuite! Ou bien si c’est une fuite, c’est une fuite dans la réalité! Parce qu’il y a seulement quand j’écris que je suis vraiment là! Vraiment en face de moi-même! Alors on s’en fout bien que ce soit utile à autre chose! C’est quand on oublie l’utilité de nos gestes, qu’on fini par arrêter de penser et qu’on se met à vraiment vivre. J’aimerais pouvoir faire ça plus souvent, plus facilement. En plus, quand on vise un but, on est toujours déçu, une fois arrivé à destination, on se dit : « Ah, c’était juste ça? ». Comme quand on est enfant, et qu’on attend Noël. Une fois Noël passé, on est toujours déçu. Enfin, moi je l’étais. On passe notre vie à attendre quelque chose. Plus on attend, plus c’est décevant. On est toujours en train d’accumuler pour plus tard. Jamais capable d’être là. Toujours en train de penser au futur. Faire un travail utile qui va rapporter de l’argent utile à acheter des objets utiles pour perpétuer une vie utile… qui va se terminer bien assez tôt de toute façon. Le mot utile devrait être rayé de notre vocabulaire. On devrait pouvoir faire des choses parce qu’on en a envie! Point!

— Oui! C’est comme moi, avec ma coloc. L’autre jour j’étais de bonne humeur, j’écoutais de la musique à tue tête et je dansais… et elle me regardait avec son air de bœuf, et me demande : « pourquoi tu fais ça? »… maudit que ça m’énerve de me faire demander ça! Je le fais parce que ça me tente. Parce que j’en ai envie. C’est tout! C’est vraiment plate de vivre avec cette fille là. Elle n’a vraiment aucune spontanéité…

Quand je parle trop longtemps, et que j’ai de la difficulté à laisser parler l’autre ensuite, je me sens plutôt mal, j’ai envie de m’excuser.

— Je ne sais pas pourquoi je parle comme ça! Ça n’a pas d’allure! J’en ai pas l’habitude pourtant…

— C’est normal! J’ai un don pour faire parler les gens! Ça m’arrive tout le temps! Peut-être parce que ça m’intéresse… peut-être parce que les gens sentent que je les écoute…

— Je le sens en tout cas.

Elle m’a fait un sourire magnifique.

Je crois que je faisais exprès. Je sentais que si j’arrivais à atteindre le noyau de ce que j’étais, si je parvenais à l’extirper et à l’exhiber au dehors, devant elle, elle pourrait peut-être ressentir quelque chose pour moi. Je tendais vers cela de toutes mes forces, ce soir là. Sans réaliser la dose de mal-être que mon discours charriait, de plus en plus. Je parlais pour me déshabiller devant elle. Je parlais pour qu’elle trouve mes défauts beaux. Je tentais de tenir le discours le plus lyrique dont j’étais capable.

— Moi aussi, j’aimerais être plus spontané, ne pas toujours réfléchir des heures avant d’agir… Ça paralyse, la pensée… ça m’empêche de dormir. Je suis un insomniaque… la nuit, dans mon lit, dans le noir… quand je suis tout seul… il n’y a rien pour me distraire, rien pour empêcher les pensées de tourner, de se retourner dans ma tête… rien pour les empêcher de m’étourdir, de me donner envie de vomir… je pense trop… je pense tout le temps trop… Ce que je voudrais le plus au monde, c’est cesser de penser. Arrêter de me poser des questions sans cesse. Arracher ces questions là de ma tête. Juste… être là, tu sais? Dans le moment présent. En plein centre. Totalement. Comme toi, quand tu danses.

— C’est tellement beau ce que tu dis!
Ses yeux se distendent. La pupille s’accroît.

Je n’y crois pas.

Une larme!

— Je reviens dans une seconde.

Elle s’est levée pour aller aux toilettes. Premier moment seul de la soirée. Je suis très étonné. Qu’est-ce qui vient de se passer? Je viens de faire pleurer une fille grâce à mes paroles? Est-ce que je suis en train de réussir, est-ce que je vais atteindre mon but? Tout ce pour quoi j’ai écrit 359 pages jusqu’ici?

Elle est revenue presque tout de suite.

— Est-ce qu’on va faire un tour?

Nous  sommes sortis du café. Je ne m’étais pas du tout aperçu de la disparition de la lumière du jour. Plusieurs heures s’étaient écoulées, c’était maintenant le soir, ou même la nuit. Elle m’a invité à venir avec elle, nous sommes montés dans sa voiture. Je ne savais plus ce qui se passais, où nous allions, ce que cela signifiait.

— Ma coloc est partie pour la fin de semaine.

Elle m’emmenait chez elle.

* * *

Je l’ai suivi à l’intérieur du grand bloc appartement où elle vivait. Tout était calme. Personne dans les corridors faiblement éclairés du bloc. Il était déjà passé minuit. Par une étrange coïncidence, j’allais déménager dans le bloc d’à côté, un an plus tard – et être hanté par les événements de cette soirée.

Nous nous sommes assis sur le divan, avec une certaine distance entre nous. Nous avons continué de parler. Ou plutôt, j’ai continué. Je sentais que je devais le faire. J’avais presque réussi à l’atteindre, tout à l’heure. Il ne fallait pas lâcher. Par la parole, elle saura qui je suis, elle pourra tomber amoureuse de moi elle aussi. Il faut tout dire tout de suite, ne rien omettre. La fatigue et l’alcool ralentissait mon débit, mais je continuais de parler. Je ne pouvais plus m’en empêcher.

—  Des moments comme ça, ça n’existe pas dans la vie normale… on est toujours en train de courir d’un bord à l’autre… jamais le temps de s’arrêter… s’arrêter pour écouter le silence… comme en ce moment… on ne parle presque plus… pourtant on pourrait continuer longtemps, non?… c’est quelque chose de rare… tellement difficile à atteindre…si ta coloc revenait maintenant, ça briserait ce moment là… on ne serait peut-être plus capable de le retrouver… je pense que… c’est… je sais pas comment… je voudrais… ça reste pris… coincé… je ne sais pas si on peut être totalement vrai… transparent… comment je pourrais… faire un détour… te faire comprendre… je ne suis pas un stratège…

— Un stratège?

Ses yeux s’écarquillent. Sa voix est tout à coup froide et tranchante. Elle est perdue. Elle ne sait plus du tout de quoi je parle. Elle ne le sait plus depuis un bon moment, peut-être. Je croyais la tenir, la saisir, l’amener avec moi. Je pensais qu’elle comprenait où je voulais en venir. Ou peut-être qu’elle le sait trop et veut m’arrêter.

— Pourquoi tu ne dis rien, depuis tantôt?, je lui demande.

Elle hésite.

—  Je ne veux pas te faire de peine…

Tantôt, j’ai réussi à la toucher. Elle a versé une larme, simplement grâce à une de mes paroles. Elle a vu ce qu’il y a de plus profond en moi et elle a été émue. La logique nous force à conclure qu’elle doit m’aimer. Mais à ce moment, ça ne fonctionne plus. Ça ne tourne plus rond du tout.

Je me lève.

— Je vais aux toilettes. Je reviens.

* * *

Je regarde mon visage dans le miroir. Ce qu’il y a en moi, je constate avec étonnement, est surtout de la colère. Colère mêlée d’une grande fatigue. Une immense impatience. Quand aurais-je une blonde, enfin? J’avais passé des mois et des années amoureux de filles sans leur dire, sans avoir la force d’avouer quoi que ce soit, passant à côté de plusieurs occasions, trop peureux pour parler. J’avais raté mon coup souvent, parce que je pensais trop et n’agissais pas assez. J’étais encombré de regrets. Je voulais que cette époque soit terminée. Elle devait savoir que j’étais amoureux, tout de suite. Je ne voulais plus rien retenir à l’intérieur. Je ne pouvais plus le faire. Je débordais. Trop de frustrations, de déceptions accumulées. Un écœurement généralisé. J’étais fatigué. J’avais hâte que cela cesse. Quitte à tout saboter.

* * *

Je reviens dans le salon, je m’assois un peu plus loin d’elle.

— J’espère que tu ne m’en veux pas trop…, dit-elle.

— Non, c’est correct.

Je suis devenu sec et froid.

— C’est drôle pareil, hein? Que ça ne tienne qu’à ça, une attirance physique. Je suppose que tu me trouves trop petit. Et moi, je capitule tout de suite. C’est con. Le pire là-dedans, c’est que si je t’engueulais maintenant, tu pourrais aussi bien aimer ça! Et te sentir attirée, subitement!

— C’est possible, oui.

Elle est d’un calme extrême. Elle est distante, observe tout cela avec un détachement curieux, mais je n’ai aucune idée de ce qu’elle ressent ou pense.

— Vous êtes attirées seulement par les brutes… les crétins… les caves… les gars à casquettes… les buveurs de bière… les fans de hockey… les gars de char…  qui puent les phéromones dans un rayon de cent mètres… l’intelligence, c’est bien divertissant, mais ça ne vous attire pas, hein? Si je montrais vraiment ma colère, tu pourrais aussi bien me sauter dessus. Si j’étais méchant, si j’étais bête avec toi, tu pourrais aussi bien…

—  C’est possible. Je comprends ta frustration. Je suis désolée.

— Bah…

— Ça te déçoit, hein?

Elle garde un air compatissant, un peu forcé.

— C’était inévitable je suppose. Pourtant, j’aimerais mieux dormir dans les bras d’une seule fille que d’en baiser quinze d’affilée.

— Je comprends.

— Et tu fais par exprès en plus! Regarde comment tu t’assois!

— Quoi?

Ses jambes repliées, les fesses soulevées, presque offertes. Elle change de posture aussitôt, un peu gênée.

— Désolée.

— Et tes messages sur le net, c’était quoi, hein? Tu dois bien avoir un homme idéal… de quoi il a l’air? Comment tu le vois?

— Non, non… je n’ai pas ça moi…

— Arrête de niaiser, toutes les filles en ont un! Toutes les filles ont leur prince charmant! Allez, décris-le moi!

Elle sourit, semble trouver cela amusant. C’est un jeu.

— Bon, bon… OK… Bien… Je me suis souvent demandé si c’était mieux qu’il soit différent de moi pour qu’il me complète, ou qu’il soit identique pour qu’il puisse me comprendre. Je pense que c’est mieux qu’il soit semblable. Le plus important pour moi, c’est qu’il puisse me comprendre. Et puis je veux qu’il soit stimulant intellectuellement… qu’il soit capable de penser par lui-même et puis aussi… il faut qu’il soit compatible sexuellement.

— Bon, tu vois! Quelles qualités là-dedans je n’ai pas? Tu n’arrêtais pas de me dire dans tes courriels qu’on est pareil, toi et moi! Que tu me comprenais : je devrais être capable de te comprendre aussi. Et stimulant intellectuellement… je pense que j’ai fait mes preuves, non?

— Oui, c’est vrai.

— Tu vois bien que je corresponds totalement à ton prince charmant idéal!

— Oui, c’est vrai.

— Alors, c’est quoi le problème?

— Je ne sais pas. Je suis désolée.

Elle sourit toujours. Elle parle lentement, comme pour expliquer quelque chose à un petit enfant.

— Je pense que pour qu’une fille puisse tomber en amour avec toi, il faudrait que tu sois bien dans ta peau. Quand on est bien dans sa peau, ça parait, on dégage quelque chose… et les autres le remarquent. C’est une question de confiance en soi, je pense.

— Bah… je suis écœuré de ce discours. On croirait que tu sors ça d’un magazine féminin. Tu veux me faire croire que tout ceux qui sont en couple sur terre sont mieux dans leur peau que moi? Qu’ils ont plus confiance en eux que moi? Que c’est une condition absolument nécessaire pour être en couple? Que les éternels célibataires n’ont pas encore fait assez de travail sur eux-mêmes? C’est rien que ça que je fais, travailler sur moi-même! Me scruter le nombril à la loupe! M’analyser les moindres recoins! Et puis qu’est-ce que tu en sais, si je suis bien dans ma peau ou non?

— Bien, dans ce que tu écris… On sent ton mal de vivre…

— Et puis?

— Ça veut dire que tu n’es pas bien avec toi-même.

— Et c’est ce qui me rend repoussant? Je ne vois pas le rapport…

— Je pense que tout part de soi. Quand on est bien avec soi-même, on arrive à accepter la vie comme elle est. À la prendre comme elle vient. Avant, j’étais toujours frustrée après tout le monde, j’étais souvent enragée. J’attaquais les gens, je me mettais en colère contre eux. Et bien maintenant, je leur dis comment je me sens. Je leur dis—

— C’est comme moi—

— Tu ne m’écoutes pas!

Son ton est sec et coupant. Je reste surpris.

—Tu ne m’écoutes pas! Écoute, je te dis!

— Je t’écoutais!

— Non, tu ramènes toujours tout à toi!

— J’allais seulement dire que ça me faisait penser à quelque chose—

— C’est pas écouter ça!

— Comment ça?

— Si tu n’arrêtes pas de parler, tu ne peux pas m’écouter! Tu n’étais pas centrée sur moi! Tu restais centré sur toi! Dans mes cours on a vu comment c’est important!

— Hé, on a une conversation là! C’est supposé aller dans les deux sens! On n’a pas à parler à tour de rôle! On n’est pas chez le psy!

— Ah, j’haïs ça quand on me dit ça!

— La vérité choque! En tout cas, tu vas faire une bonne psychologue. Tes patients vont se sentir écoutés et compris, je te le garanti. Ça marche bien, ce que tu apprends dans tes cours, ce que tu testes sur moi. Mais toi, tu aurais peut-être besoin d’en consulter un, un psy…

— Je consulte aussi.

— Ah oui? Il me semblait que tu étais bien dans ta peau.

— Pas besoin d’être mal dans sa peau pour consulter un psychologue, voyons. Je n’aime pas ça, la façon dont tu me parles. Je voudrais juste que tu m’écoutes sans parler un moment. S’il-te-plaît.

— Bon… Excuse-moi. Vas-y…

— De quoi je parlais déjà? Ah oui… par exemple, ma patronne. Elle passait son temps à me parler d’elle. Je lui ai dit que j’aimerais qu’elle me demande comment je vais, qu’elle s’occupe plus de moi, que je me sens mal d’être toujours la seule à écouter… et bien, elle s’est excusée et elle est bien plus gentille avec moi depuis ce temps là!

— Il y a des gens qui posent des questions et d’autres qui n’en posent pas. Moi je n’en pose pas, qu’est-ce que tu veux. Ça ne me vient pas à l’idée. Je me dis que si l’autre a quelque chose à dire, il va le dire. Comment je peux le deviner s’il ne me le dit pas? Il faut dire ce qu’on a à dire. Pourquoi se retenir? Attendre que l’autre nous demande si ça va bien? C’est ça, justement, la confiance en soi, à mon avis. Dire qui on est! D’habitude ceux qui posent tout plein de questions, ceux qui restent là à écouter sans rien dire, sans jamais rien affirmer, sans se risquer, c’est parce qu’ils ont peur de parler d’eux-mêmes. Ils n’osent pas, ils ont peur qu’on les juge.

— Peut-être…

— C’est ce que je pense. Je n’ai pas peur de parler de moi-même. C’est un sujet que je connais bien, pour l’avoir pas mal exploré, je trouve que c’est un sujet intéressant, qui vaut la peine que j’en parle!

— Je ne sais pas si tu le sais, mais tu sonnes vraiment prétentieux des fois. Arrogant aussi.

— Ça se pourrait. Pourquoi pas? Pourquoi j’aurais envie de garder ces saletés là en dedans? Mieux vaut s’en débarrasser le plus vite possible. Mieux vaut être transparent. Je n’ai rien à cacher.

— C’est peut-être ça aussi. Tu te débarrasses de tout ce qui est mauvais en toi, donc tu dégages le mal de vivre.

— Encore ça…

— Bien… regarde moi! Pourquoi tu penses que les gars s’intéressent à moi? C’est parce que je suis bien dans ma peau.

— Rien à voir. Veux-tu que je te le dise, pourquoi les gars te courent après? Je vais te le dire. C’est parce que tu es belle, vraiment très belle. C’est tout.

Elle ne dit rien. Elle me regarde.

Son expression change, elle fronce les sourcils.

— Tu sais, depuis tantôt… on dirait que t’as vieilli de cinq ans.

— Comment ça?

— Bien, ton visage vu de cet angle…

Je suis le plus éloigné d’elle que je peux l’être en restant sur le divan.

— Et je suppose que tu me trouves plus attirant, vu que j’ai l’air plus vieux?

— Bien…

— Avoue. Je sais bien que les filles aiment les gars plus vieux.

— Oui… Je te ferais même des compliments, mais je ne voudrais pas que ça soit mal interprété…

— Bah… au point où j’en suis… Vas-y, avec tes compliments. Pourquoi pas. Un de plus, un de moins. Tu as passé la soirée à me dire que je suis intelligent. Ça ne me fait rien. Je le sais, que je suis intelligent. Et puis? Ça ne m’a pas avancé à grand-chose jusqu’à maintenant. C’est même un problème. Je ne pense pas qu’il y ait des imbéciles insomniaques. Les crétins se font une blonde à quatorze ans. J’en ai vingt trois, je suis encore seul. Ce n’est pas vraiment de ce genre de compliment là que j’aimerais recevoir…

— Bien justement, ce n’est pas ça…

— C’est quoi alors? Vas-y. Dis-moi ça.

— Bien, vu d’ici… Je te trouve crissement beau.

Ça m’a coupé le sifflet.

— Et puis… j’aime tes bras… la couleur de la peau de tes bras…

J’avais les bras très bronzés. Au japon, j’avais passé cinq semaines dehors, à marcher toute la journée. Mes cheveux étaient blondis par le soleil. Pour une fois dans ma vie, j’étais en forme, j’avais l’air à peu près en santé, au lieu de ressembler à un spectre blême souffrant de malnutrition. J’avais un corps. Elle le voyait. Au lieu de me faire plaisir, son attirance subite m’a fâché encore plus. Je comprenais pas. Je ne voyais pas pourquoi elle rejetait mon esprit comme s’il était malsain, alors qu’elle adorait mes écrits. Je ne comprenais pas pourquoi elle rejetait mon esprit mais désirait mon corps, une pure aberration que je n’aurais jamais pu imaginer avant ce soir là. Une inversion totale du destin millénaire des petits geeks insignifiants, qui doivent obligatoirement être ignorés par les plus belles filles de la classe.

— Pourquoi tu me dis ça?, je ai-je demandé.

— Parce que je le pense. Là. Maintenant. Je suis spontanée, moi.

— Je ne comprends pas…

Elle bâille.

— Je voudrais te proposer… Mais là je n’ose plus tellement. Tu disais tantôt—

— Quoi?

— Tu aimerais mieux dormir dans les bras d’une fille que de baiser. Allons… juste dormir. Il est très tard.

— Euh… Bon. D’accord. OK.

Je ne me sens plus l’énergie de résister. Je me laisse entraîner jusqu’à sa chambre. Je me sens las. La fatigue me rattrape. C’est terminé, foutu. Malgré ce qu’elle venait de dire, j’étais convaincu qu’il ne se passerait rien. Rejeter mon esprit c’est me rejeter au complet, le corps n’est rien.

Il resterait le sommeil.

Dehors, le soleil s’était levé depuis un bon moment.

* * *

Dans sa chambre, il fait trop chaud. Elle met le chat de sa coloc dehors, referme la porte. Je me tiens debout dans la pièce; je ne sais pas quoi faire.

— On va se coucher par-dessus les couvertures, sans défaire le lit… Je suis gênée.

— Euh… Comme tu veux.

Je ne comprends pas pourquoi elle veut faire cela. Il fait tellement chaud. On ne sera pas à l’aise, tout habillés. Je me couche sur le ventre, elle sur le dos, à côté de moi. Mais pas trop près. Elle commence à me caresser le bras. Je ne la regarde pas. Je regarde le mur. Elle monte le long de mon bras, elle dit : « c’est fatiguant ça », en parlant de mon chandail. Je dis : « veux-tu que je l’enlève? ». Elle dit : « ça te dérange pas? ». J’obéis, je l’enlève, me couche encore sur le ventre. Elle me chatouille plus qu’elle ne me caresse, partout dans le dos, sur le bras. Je trouve ça drôle. Elle exagère, me chatouille trop. Je me retourne sur le dos. Je tourne la tête, la regarde. Je n’ose pas la toucher; je ne veux rien faire qui la choque, qui soit déplacé. Je reste inerte, je ne bouge pas.  Elle continue à me caresser le ventre, doucement. Puis ses mains descendent tranquillement, elle me demande : « Est-ce que c’est doux ou c’est excitant? » Je lui dis : « C’est excitant ». Elle arrête.

Nous nous regardons dans les yeux, nos deux visages près l’un de l’autre, couchés sur le côté. À ce moment, je la trouve tellement belle, j’aimerais l’embrasser, mais je ne peux rien faire. Je n’ai pas la permission. C’est un moment qui me semble infini. J’imagine que son regard est celui d’une fille amoureuse, même si elle m’a dit le contraire, même si je n’ai jamais vu le regard d’une fille amoureuse. Je m’imagine que c’est ça. Puis sans prévenir, elle lève la tête et m’embrasse. Pas un baiser lent et tranquille, un baiser presque violent.

* * *

C’était comme si on jouait à jeu. Amusant, complice, agressif. Différent d’avec les filles d’avant, d’avec les filles qui ont suivi. Peu importe la fille, ce n’est jamais la même chose. J’ai découvert que la plus belle fille de la classe elle aussi a ses complexes. Elle avait honte de ses seins, trop petits à son goût. Ils étaient magnifiques.

Ensuite, en sueur, nue et souriante, elle m’a dit que c’était meilleur qu’avec son ex.

Nous nous sommes endormis alors que les oiseaux chantaient à tue tête depuis longtemps. Il devait être 6 heures, le matin.

* * *

Au réveil, vers midi, elle est encore d’excellente humeur, enjouée comme une petite fille. Elle chantonne, elle valse dans la cuisine en préparant un déjeuner. Je la vois prendre une pilule. Je lui demande ce que c’est. Elle me dit que c’est un antidépresseur. Je ne dis rien. On s’assoit à la table de cuisine. Je ne sais plus ce que je dois penser, comment je dois me sentir. Il y a trop de trop de contradictions, trop de chaos dans mon esprit. Je ne supporte pas cela. La recherche de la vérité reprend son emprise sur moi, je ne peux pas m’empêcher de tout gâcher encore.

— Euh… Je trouve… Je trouve la situation ambiguë, lui dis-je.

— Ah oui?

— Tu ne trouves pas, toi?

— Non. Bien… Peut-être.

— Ça ne te dérange pas, toi, l’ambiguïté?

— Non.

— Bien moi ça me dérange. Je veux savoir.

— Savoir quoi?

— Tu le sais.

Elle ne dit rien. Elle ne sourit plus.

—  Je veux savoir ce qui se passe. Qu’est-ce qui arrive?

Rien encore.

— Est-ce que…

—  Je ne veux pas te dire que « je ne sais pas ». Je ne trouve pas ça correct, les filles qui font ça. Mais bon, vu que tu insistes… alors je vais devoir… je vais devoir te dire non.

Je ne dis rien.

— Tu ne m’en veux pas trop, j’espère?

— Bien… Oui, je t’en veux. C’est sûr.

Ma voix sonne étrange à mes oreilles.

— Je suis désolée…

— Je sais comment je vais me sentir, après ça. Je vais vraiment me sentir mal. C’est certain. Je vais partir d’ici, je vais retomber…

Je repense à mes échecs amoureux étirés sur des mois, des années. Celui-ci s’est déroulé en une soirée. Une version compacte, concentrée, de tous les ratages possibles.

Elle regarde dans le vide. Comme si elle se parlait à elle-même, elle entonne :

— Il faut… Tout vient de toi. Tu ne dois pas être suffisamment connecté sur tes émotions. C’est pour ça que tu ne vas pas bien. Tout part de toi. Il faut que tu te retrouves. C’est le meilleur conseil que je peux te donner. C’est comme ça que je m’en suis sortie. Il faut que tu te connectes sur tes émotions.

— Non, non! Il me semble que c’est plutôt l’inverse! Je le suis trop, connecté! J’aimerais me débarrasser de la moitié des connections! Les couper, toutes! Moins ressentir, ça ne ferait pas de tort! Je me suis déjà trouvé, je me connais trop, justement,  je voudrais me débarrasser de tout ça…

Elle me regarde, les yeux brillants.

— Tu es tellement vrai… Je t’admire vraiment.

— Je ne veux pas être admiré! Je m’en fiche d’être admiré! Je m’en fous qu’on aime ce que je pense! Je m’en fiche qu’on pense comme moi! Qu’est-ce que ça peut me faire, des cerveaux identiques au mien, enfermés dans des crânes fermés un peu partout? Nos crânes sont fermés! On est fermés! Même si on essaie de s’ouvrir tout grand! Ça ne donne rien! Je te parle et peu importe ce que je dis, ça ne changera rien… C’est foutu d’avance… Et toi, tu continues de m’admirer… juste parce que je ne suis pas capable d’arrêter de me vider les tripes… c’est ridicule… triste… on cherche tant à être admiré des autres et pourtant ça ne suffit pas… ça ne fait rien du tout… ça ne calme rien, ça n’apaise rien…

Je finis par me taire. Je regarde la table. Je n’ai plus rien à dire, enfin.

Elle demande, incertaine :

— Est-ce qu’il va rester une petite place pour moi, dans ta vie?

— Oui, oui… Bien sûr…

Après le déjeuner, elle est venue me reconduire chez mon ami.

* * *

Le lendemain elle écrivait sur sa page web :

Dès que j’ai fait comprendre à un mec qu’il ne m’attire pas, il m’arrive souvent d’avoir envie de lui sauter dessus. Quelqu’un peut m’expliquer, s’il vous plait?

Nous ne sommes plus jamais revus par la suite.

* * *

Épilogue : Après cette soirée, j’ai voulu prendre une pause. Elle me demandait où j’étais par msn : je l’ai bloquée. J’ai cessé de lire sa page. Mais quelques semaines plus tard, incapable de cesser de penser à elle, j’ai tenté de la recontacter. Je lui envoyais des courriels, je la guettais sur msn. Maintenant, c’était elle qui ne répondait pas. Sur sa page, il y avait des allusions à un autre gars. J’ai compris qu’elle m’avait mis de côté.

Au mois d’août, je suis revenu à Québec : j’avais décidé d’y déménager pour étudier la philosophie. J’avais peur de l’automne, de la croiser partout dans les corridors. La faculté de philosophie et de psychologie sont dans le même pavillon. Après une journée de recherche de chambre à louer, nous voulions aller, mon ami, sa blonde et moi, prendre une bière au temps perdu. Avant de descendre de l’automobile, j’ai cru apercevoir M. assise à la terrasse, comme lors de notre rencontre en juin. Aujourd’hui, je ne suis même pas certain qu’elle y était vraiment. J’ai ressenti ce qui ressemblait à une crise de panique. J’ai exigé qu’on fasse demi-tour. Je ne voulais pas la voir, je ne voulais pas qu’elle me voit. Nous sommes repartis. La blonde de mon ami était déçue et fâchée, j’avais gâché sa soirée. J’ai marché avec mon ami dans les rues de son quartier, sur le viaduc qui chevauche les grandes autoroutes de l’entrée de Québec. Je lui ai raconté en détail cette histoire. J’étais sans fond – un puits de paroles inépuisable. J’étais obsédé par l’idée qu’il faut se débarrasser du mal-être, que si on réussit à le capturer par les bons mots, les plus précis et exacts, on pourrait le faire disparaître, il suffirait de trouver la bonne formule. Une sorte de sorcellerie, d’exorcisme. Aujourd’hui, je crois que les mots aident à comprendre mais ne guérissent rien : il n’y a que le temps qui peut le faire.

Après cet épisode, j’ai écrit un texte nommé Finale. Ce fût un de ceux qui m’attira le plus de commentaires, à l’époque. C’est le texte qui a donné envie à la fille du Bic de m’écrire.

L’année suivante, j’ai réussi à coincer la belle psychologue sur msn. À cette époque, j’avais une blonde, je vivais en chambre à Québec, près de la rue Myrand et du temps perdu. Je voulais clarifier les choses. Je ne sais pas pourquoi, je voulais qu’elle m’avoue ceci : qu’elle m’avait invité chez elle parce qu’elle avait envie de coucher avec moi, dès le début de la soirée. Je voulais qu’elle me prouve qu’elle avait planifié son coup, qu’elle avait vraiment désiré mon corps – ce corps que personne ne remarque jamais. Elle l’a concédé. C’est bien ce qu’elle voulait. Un one-night. Je me suis excusé de mon comportement de ce soir-là. Nous avons conclu la conversation en bons termes, mais je ne lui ai plus jamais parlé par la suite.

Aujourd’hui il m’arrive encore d’avoir des regrets en pensant à cette soirée. Je me dis que j’aurais dû fermer ma gueule. Ça m’aurait peut-être permis de la revoir. Ou non : cela n’aurait peut-être rien changé.

Je ne sais toujours pas si l’amour doit passer par l’esprit, par le corps, par la parole ou par le silence.

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Comments
30 Responses to “La plus belle fille de la classe”
  1. Lorazepam dit :

    Papaon! Super texte!

    Par où passe l’amour? Full fafa : par les nasaux. Faut aimer l’odeur de l’autre. Et je pense que c’est un peu pour ça que ça n’a pas marché avec mon premier chum. J’étais pas assez folle de son odeur.

    Je vais aller lire Finale.

    (Je viens de vérifier : le tag « rousse » ne mène qu’à ce texte. Je suis étonnée.)

  2. 2002… Dans ce temps là ceux qui bloguaient avaient quelque chose à dire… :-) Contente de te retrouver en grande forme…

  3. Curieux dit :

    M. pour Mélissa j’imagine.. wow c’est intéressant : on sort de la littérature, pour entrer dans la réalité! Ça fait quoi de se retrouver (peut-être par hasard?) dans une reconstruction aussi élaborée d’un événement passé de ce genre, sur un blogue de ce genre? À priori ça me semblerait quelque peu troublant..

    • Darnziak dit :

      Ha! Elle est bonne celle-là. M. n’est pas Mélissa qui vient de commenter, ni aucune Mélissa. Mais j’ai beau l’affirmer, qui me croira? On pourra penser que je n’essaie que de cacher la vérité. Qu’est-ce que la vérité?

      • Curieux dit :

        Ah désolé.. je te crois, et j’ai pensé à cette possibilité très plausible après avoir écrit en fait.. j’aurais dû être plus en nuances.. mais ça semblait tellement bien « fitter »! :-)

        La vérité? Même si on s’embourbe facilement en le traquant, il y a certainement un sens à la notion de vérité.. mais ce n’est certainement pas à un prof de philo que je vais apprendre ça!

        • Darnziak dit :

          Ça montre qu’il est difficile de se défaire du vilain réflexe de chercher qui a inspiré une histoire, ou de s’interroger sur la vie de l’auteur et sa personnalité – le réflexe de se demander si « c’est vraiment vrai ». C’est sans importance.

          • Moins Curieux dit :

            Mouin.. je vois ce que tu veux dire, et je comprends aussi que tu aies été un peu agacé par cette méprise, mais je reste convaincu du fait que si on utilise délibérément, de manière ambiguë ou non, des éléments de sa propre histoire pour construire des textes de ce genre, on s’expose inévitablement à de telles tentatives, vilaines ou non. En cette ère de connectivité extrême, de surmultiplication des points de vue et des manières de les exprimer, ta notion abstraite de texte dissocié de la personnalité de son auteur est de moins en moins possible (je le crains).

            • Darnziak dit :

              Je vais devoir vivre avec cela si je continue à faire de petites autofictions de ce genre. Mais c’est agaçant, comme cela doit agacer tout écrivain. Quel auteur n’utilise aucun « éléments de sa propre histoire pour construire des textes »? À toute époque on a tenté de savoir ce qui se cachait derrière les œuvres. C’est seulement plus facile d’avoir accès à l’auteur sur un blogue, mais sinon je ne vois pas de différence avec d’autres époques. Il y a beaucoup de trucs inventés dans ce texte, à commencer par les dialogues. J’ai coché la catégorie « fiction », ce n’est pas pour rien.

              Je ne crois pas en un texte dissocié de la personnalité de l’auteur, comme un pur objet extérieur, mais plutôt en ceci : le mouvement intéressant est celui qui part du texte VERS le lecteur, et pas dans l’autre sens. Je préfère que le lecteur réfléchisse à sa propre existence (ou ressente des émotions en rapport avec SA propre histoire personnelle), en lisant un texte, plutôt qu’il ne cherche à remonter en amont et se poser des questions sur ce qui a précédé le texte, ce qui l’a inspiré – est-ce vrai ou non, qui sont les protagonistes dans la « vraie vie », etc. C’est prendre le texte à l’envers. Ce n’est pas parce que ce texte est publié sur un blogue qu’il s’agit d’un simple journal intime – à ce que je sache Terreur!Terreur! n’est pas livejournal.

              Mais c’est intéressant quand même de voir qu’on peut prendre la phrase de Mélissa « Contente de te retrouver en grande forme…» et avoir l’impression qu’il s’agit de la fille dont je parle dans le texte. Le sens du texte change. Je regrette presque d’avoir désamorcé cela – l’effet était troublant.

              • Darnziak dit :

                En résumé : malheureusement ou heureusement, nous n’étions pas sortis de la littérature. La réalité reste « out there ».

                • Lorazepam dit :

                  Et moi qui viens de remarquer que Mélissa est rousse… He he he.

                  • Ed.Hardcore dit :

                    Est-ce que c’est vrai Lorazepam, que tu viens de remarquer que Mélissa est rousse ?

                    • Darnziak dit :

                      Aussi vrai que les doigts coupés d’Ed Hardcore.

                    • Lorazepam dit :

                      Vous savez tous les deux que je suis un personnage créé par Patrick Brisebois.

                    • Ed.Hardcore dit :

                      D’un côté, il y a la curiosité déplacée de vouloir savoir ce qui est vrai, de l’autre, l’obsession du faux motivée par l’orgueil : « Je savais moi que c’était pas vrai, je suis pas naïf moi. » Les deux vont à l’encontre du plaisir littéraire selon moi.

                      Darnziak, si jamais j’éprouve un jour le besoin de te rencontrer en personne — rêve pas trop, garçon —, je t’inviterai chez moi pis je te crisserai mes moignons sous le nez.

              • Presque Plus Curieux dit :

                J’avais résolu d’arrêter de contribuer à cette discussion, parce que
                je considère qu’on s’en crisse pas mal dans le fond.. mais puisque
                vous en remettez, et que le thread ne semble pas vouloir s’éteindre,
                j’ajouterai que tout comme tu as été agacé par le fait (profondément
                vulgaire selon toi) qu’on cherche à faire une correspondance entre ton
                récit et la réalité, je suis passablement agacé moi-même par le ton
                prétentieux et quelque peu arrogant avec lequel tu veux enseigner au
                « lecteur » ce qu’il doit faire de ton récit.. Sérieusement, tu peux
                bien utiliser l’excuse stylistique de l’autofiction (déjà en soi, tu
                l’admettras peut-être, un gadget littéraire passablement douteux, qui
                évoque plus Nadine Bismuth ou Rafaële Germain qu’un blogueur slash
                geek slash philosophe) mais il n’en demeure pas moins que le contenu
                de ton histoire paraît crissement réaliste, si on se donne un peu la
                peine de trianguler tous les indices provenant de ton long et tortueux
                historique en ligne. Et de ce fait, c’est pas mal évident (et normal)
                de se poser des questions quand une Mélissa vient par hasard pointer
                ses mèches rousses pour faire un commentaire ambigu sur le site même
                où un texte est publié. Avant que tu ne m’envoies paître avec une
                nouvelle réplique conceptuelle, j’aimerais que tu comprennes bien
                pourquoi j’ai réagi, de manière initiale, à cet événement infiniment
                anecdotique : quand j’ai lu ton texte, ça m’a remémoré, de manière
                profonde, des événements similaires dans ma propre vie de geek
                compliqué et troublé.. et je me suis demandé l’effet que ça ferait de
                les décrire, de les exposer de la sorte. En d’autres mots, ton texte a
                fait résonner des choses profondes en moi, un peu comme tu l’aurais
                souhaité je crois, et quand une perspective encore plus compliquée et
                profonde s’est ouverte par hasard (l’intervention même d’un
                personnage, c’est pas rien!), j’ai voulu en savoir plus, pas
                nécessairement par curiosité malsaine, mais en reconnaissance du fait
                qu’il y avait là quelque chose de pas banal. Je terminerai en disant
                croire que l’oeuvre d’un blogueur est intéressante précisément en
                vertu du fait qu’elle transcende les médiums traditionnels, en
                permettant d’explorer de nouvelles formes de liaison entre l’auteur,
                les lecteurs, le texte, et la réalité intersubjective dans laquelle
                tout ça marine. Donc en résumé le continuum entre ton texte, la
                réalité plus ou moins déformée qui le sous-tend, Mélissa, ce fil de
                commentaires et moi-même est au final ce qui donne son sens
                probablement le plus profond (ou en tout cas le plus significatif) à
                ce texte. Peut-être que tu aurais préféré une forme et une réaction de
                ton lectorat plus classique, mais à mon avis, le fait de le publier
                sur un blogue devient dans ce cas passablement contradictoire.

                • Darnziak dit :

                  Bon, allright, me faire traiter d’arrogant sur internet, ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps! Je ne veux pas laisser les choses ainsi… Voyons voir. J’ai expliqué ma vision du texte seulement parce que je voulais préciser que je ne crois pas à la « notion abstraite de texte dissocié de la personnalité de son auteur ». Je ne pensais pas sonner prétentieux. Je ne fais même pas référence à des théories littéraires (je n’y connais rien, honnêtement). Je voulais juste donner mon idéal de lecture. Je suis content de voir qu’il correspond au tiens. Si le langage sonne un peu théorique… qu’est-ce que tu veux, déformation professionnelle.

                  Ce que tu dis est sérieusement très intéressant. C’est vrai qu’il y a des aspects de plus qu’un simple texte littéraire puisque je fais référence à un site web qui a existé et qui a conduit à des rencontres, qui ont conduit à d’autres textes sur un site web, etc. Et que ceci est aujourd’hui publié sur un site web, et que les protagonistes de cette histoire pourraient théoriquement visiter cette page, interagir avec moi, avec les lecteurs… alors on pourrait se demander… qu’est-ce qui se passe ici au juste? Quelle est mon intention ici? Ce n’est pas la même chose qu’un livre, publié en librairie, critiqué par des journalistes. Question intéressante pour les théoriciens. Mais je ne suis pas théoricien de la littérature, je laisse ça à d’autres, ces temps-ci j’ai envie de seulement raconter des histoires. J’ai passé de longues années bloqué à ne rien réussir à écrire, tu sais…

                  Nous sommes malheureuse tombés dans un autre aspect que j’ai toujours détesté des blogues : l’anonymat des commentateurs. Avec les anonymes, il se passe toujours quelque chose de désagréable, on a comme une envie de leur rentrer dedans et de les envoyer paître (si tu as un blogue, tu comprends sûrement ce que je veux dire) – et les anonymes se permettent des commentaires baveux qu’ils n’oseraient pas dans la « vraie vie », sous leur vrai nom. C’est pour ça que j’étais content de la mort des systèmes de commentaire sur les blogues. Si on discutait de tout ça en personne autour d’une bière, ou même sur facebook sous nos vrais noms, on serait courtois, il n’y aurait eu aucun besoin de recourir à Nadine Bismuth et Rafaële Germain (ouch, c’est bas). Et je te jure que je serais ravi d’en discuter en réalité. S’il y a un endroit qui me rend mal à l’aise, c’est bien ces systèmes de commentaires. Je n’en finis plus de me justifier et je finis par blesser des gens et paraître arrogant sans le vouloir (si tu savais les gants blancs que je mets pour ne pas blesser l’ego fragile de mes étudiants quand ils font des travaux un peu… faibles…). Tu as pris la peine de lire mon texte au complet, c’est déjà merveilleux et me fait un grand plaisir. Crois-moi, c’est surtout ça l’important pour moi. Je n’ai pas envie de me mettre un lecteur à dos en l’insultant. Je suis donc vraiment désolé si ce fut le cas. Les auteurs sont des petites bêtes sensibles et moi je suis très susceptible, surtout quand c’est des trucs aussi personnels. D’où la brusquerie avec les anonymes.

                  Tout ce qui m’intéresse, en fait, c’est de savoir si le texte a plu à quelqu’un, si c’est une bonne histoire ou non. C’est tout. À travers ton orgueil blessé je semble lire que c’est le cas, alors je suis content. Si ça paraît « crissement réaliste », ça veut dire que c’est écrit de façon vraisemblable, crédible, et c’est ça qui m’importe dans une histoire – ça aussi ça me fait plaisir. On peut raconter quelque chose qui s’est vraiment passé, et échouer au niveau de la vraisemblance, ne pas embarquer parce que c’est plate, etc… Oublions les discussion sur l’autofiction ou peu importe. Et aussi je trouve ça étonnant que « blogueur slash geek slash philosophe » soit subitement quelque chose de prétentieux. Le petit geek de 14 ans boutonneux obsédé par Final Fantasy III (que je suis encore, au fond) serait étonné de savoir ça. Et bloguer en 2000 c’était être un méchant looser sans vie. Faut pas se fier à l’aura « terroristes littéraires » de Terreur! Terreur!. Je ne suis pas un dur à cuire de la littérature, je n’ai pas de posture à défendre, j’ai plus envie de critiquer ou chier sur personne, je suis juste un gars qui a envie de raconter des histoires et de commencer par quelques-unes qui sont importantes pour lui. Des histoires de peine d’amour de geek. C’est tout.

                  Je conclus avec : je comprend ta réaction, elle était légitime, intéressante et réfléchie, désolé de m’avoir payé ta gueule. Ça « fonctionnait » effectivement avec Mélissa. Mélissa avait un blogue à l’époque aussi, ça « fitte ». Ça aurait pu être elle, mais ce n’est pas elle. La véritable, j’espère sincèrement qu’elle m’a oublié depuis longtemps. Voilà. Je peux t’assurer que je suis d’abord un gentil garçon, contrairement à cette bande d’enragés de Terreur! Terreur! (sauf Lorazepam, l’être la plus gentille de l’univers). Juste le fait de me lire est déjà un honneur. Merci. Le reste n’est qu’un long malentendu.

                  Le reste du thread, c’est du déconnage, on s’amuse entre amis. Don’t worry about it. Révèle ton nom, ou ajoute moi sur facebook, ou écris moi un courriel, je te paye une bière. Peace.

                  • Lorazepam dit :

                    Aon, je suis la plus gentille de l’univers! ^_^

                    Je suis certaine que si cette discussion avait eu lieu IRL, il n’y aurait pas eu de malentendu et ça n’aurait pas pris ce ton. Darnziak est susceptible, mais il est super gentil et jamais arrogant! Quand on le connait, on veut juste devenir son ami et jouer au Nintendo avec.

                    Et bon, j’espère que je n’ai pas laissé l’impression de m’être moquée de toi, Curieux, j’ai répondu à Ed parce qu’on a l’habitude de déconner avec ce sujet (et plein d’autres – les gnéseries c’est mon domaine préféré).

  4. Tarlatane D. dit :

    Heille, moi si je suis doux.

  5. Tarlatane D. dit :

    Curieux, cette discussion a tout à fait sa place ici. Reviens nous vouère.

  6. Luc Chicoine dit :

    Hey! Discussion intéressante! Je n’y rajouterai rien parce que je ne suis qu’un troll, mais ce fût plaisant à lire. Ah oui, je suis un troll qui n’est plus anonyme, suite aux précédents commentaires. Je suis trouvable sur facebook, probablement dans le bottin (est-ce qu’un tel désastre écologique existe encore?), etc.

    Pour moi, lire des textes sur des blogs, ça a pour but mon désennuis, notamment parce que ma vie est ponctuée de longs bouts plates, notamment mes heures passées à mon boulot.

    Alors, ouais, des fois je commente pour dire rien dire, juste parce que ça m’amuse. Cependant, remarquez, et à ma défense, sans prétention, je n’entre pas dans des débats sans fin et hargneux. Les olympiques spéciaux, très peu pour moi, merci beaucoup, à la prochaine.

    Je n’ai pas moi-même de prétentions littéraire. Si j’écris, et c’est très rare, merci, à la prochaine, en fait, j’ai tant de soucis syntaxique que jamais rien de ce qui sortirait de mon clavier serait sérieusement publiable; je le sais, c’est assumé, life must go on, la vie est belle, et on attend le soleil printanier avec impatience, et donc… où en étais-je?

    Je pense que c’est très dur de lire une histoire de Darn si l’on est un gars qui a été le moindrement geek ou impopulaire et de ne pas s’identifier au narrateur. Fuck, j’ai 35, j’ai été en couple de nombreuses fois et pendant de longues années et je m’identifie encore en bonne partie à ce narrateur. Wow, je me sens ben tout nu là. J’aimais mieux être un troll anonyme finalement.

    Quelqu’un veut une bière?

  7. Le Mercenaire dit :

    Roland Barthes Simpson vous l’a dit les amis : l’Auteur est mort.

  8. Christian dit :

    Bon me voici, je me désanonymise.. sachez que j’ai tenté de désamorcer la situation en écrivant directement à Darnziak suite à son dernier post, pour m’excuser des mots acides que j’ai utilisés (prétentieux, arrogant, Nadine Bismuth, etc) et pour lui proposer d’aller en discuter IRL avec une bière.. un peu comme au temps des rencontres MSN (circa 2002), mais en moins charnel, et en plus philosophique!

    Mais aussi.. je dois dire que je suis un peu perplexe par rapport au commentaire de Luc.. troll? Que veux-tu dire par troll? T’es sûr que tu ne veux pas plutôt dire « lurker » (ce que je suis moi-même 99.99% du temps)?

  9. Tattoo dit :

    Tout lu d’une traite. Superbe. Efficace. Troublant. Voilà.

    Et puis, quant à moi, sérieux, je m’en fous de savoir si c’est inspiré d’une histoire vraie ou non. Je m’en câlisse. C’est tellement une question de second ordre, sans importance réelle.

    Le texte est donné, il produit son effet, porteur d’une puissante charge émotionnelle; il trouve un écho dans ma conscience, en tout cas, ouvre des questions comme de vieilles blessures, et c’est déjà beaucoup.

    Merci.

  10. Taillon dit :

    Je n’arrive pas à trouver Finale…

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