Et si le féminisme était de l’acharnement thérapeutique?

La glorification du caractère féminin implique l’humiliation de toutes celles qui le possèdent.

Theodor W. Adorno, Minima Moralia

Je l’avoue, je n’aime pas me faire piéger dans un carcan de pensée. Pour moi, être « féministe », « communiste » ou n’importe quel « -isme », c’est ne pas pouvoir se penser à l’extérieur d’un cadre. Déjà, ça relève de l’insulte. Mais ça ne répond qu’en partie à la question qu’un ami me posait récemment, à savoir, pourquoi les femmes de ma génération ont tant de mal à s’identifier au mouvement féministe ? Mon point de vue sur la question s’inscrit en continuité avec celui d’Adorno, de Bourdieu et de Baudrillard, les femmes ont non seulement été incapables de briser la relation de pouvoir qui les lient aux hommes, mais ont plié l’échine devant le Modèle féminin privilégié par un capitalisme profondément patriarcal.

Le Modèle féminin est un produit de la société masculine. Le féminisme a appuyé sur l’écart entre les hommes et les femmes en adoptant une identité bâtie à la négative qui stipule en elle-même une reconnaissance d’une différenciation basée sur un rapport de forces. Les femmes étaient soumises, il fallait les libérer. De cette lutte, le capitalisme patriarcal a fait émergé un modèle qui n’a qu’accentué la déshumanisation de la femme. En fait, le féminisme a échoué. Les femmes de ma génération peuvent difficilement se reconnaître dans cet échec où nous sommes d’autant plus prisonnières des représentations sociales et de notre corps.

Bien que nous ayons acquis des droits et libertés, ces acquis ont été récupérés par un mouvement patriarcal. Si nous prenons par exemple le droit au travail, sa contrepartie s’est reflétée par une publicité farouche et un marchandage de ce deuxième salaire orienté vers une consommation proprement féminine où le Modèle du corps féminin subit aujourd’hui toutes les violences d’une photoshopisation des consciences. Au paroxysme de cette articulation du corps féminin consommé, il n’y a que la réalité d’une souffrance tacite. Les talons hauts causent des déviations de la posture, les mini-jupes ne nous permettent pas de nous asseoir confortablement, les régimes drastiques incarnent le règne de la faim, les chirurgies esthétiques relèvent l’embaumement… Le corps féminin est cloîtré, agonisant, mort dans une éternelle jeunesse. Certaines néo-féministes iront jusqu’à faire reposer le pouvoir féminin sur son rôle d’objet de désir. Ce faisant, non seulement elles se réifient elles-mêmes, mais elles accréditent cette consommation du corps qui ne vise, ni plus ni moins, que la soumission au désir masculin. Une réactualisation du féminisme priverait les femmes de leur pouvoir d’être-objet à laquelle une vision péjorative du féminisme permet de combler les attentes collectives forgées par une économie de marché pouvant difficilement se passer de ses shopping addicts.

La réalité est une construction sociale médiatisée par des signes. La libéralisation des mœurs n’y change rien, car elle ne vient pas à bout des différences et se sont ces différences mêmes qui sont infiniment marchandisables. C’est dans ce qui me distingue de l’autre que ma consommation peut devenir un « narcissisme personnalisé », selon les termes de Baudrillard. Cependant, la consommation ne cherche pas tant la distinction que la consommation d’une référence sociale par laquelle un individu réfracte son appartenance à un groupe de pratiques codifiées et se soumet à un impératif collectif. Dans la société de l’image, les femmes sont chosifiées jusqu’à la racine et cela ne tient pas tant de la domination masculine, mais de leur acceptation d’un Modèle qui les pose en posture de faire-valoir, d’objet de désir, de capital symbolique. En agissant de la sorte, ces femmes ont prouvé leur incapacité (ou leur refus) à se poser comme sujet. Elles ne sauraient s’identifier à un féminisme désuet, entièrement récupéré par le capitalisme, parce qu’elles se sentent tellement vraiment plus libres d’être elles-mêmes avec un rouge à lèvre longue durée aquaproof hydratant au collagène hypergonflant. Ici, on peut difficilement parler de mouvement contre-révolutionnaire, car le féminisme ne s’est jamais attaqué aux représentations sociales de la femme dans le système. Au contraire, elles l’ont appuyé. Quand on me parle de « littérature féminine », par exemple, je me sens discriminée dans mon rôle social d’écrivaine. En voulant faire des écrivaines un objet d’études protégé par un canevas intellectuel, les féministes ont exclu les femmes de la littérature. Pourtant, non, je n’écris pas des « romans féminins », j’écris des romans. Point.

Selon Bourdieu, la première erreur du féminisme a été de s’attarder à la sphère privée. Il fallait émanciper la femme dans son quotidien, plutôt que dans sa représentation sociale. Résultat, la femme parfaite est celle qui mène une carrière de plein fouet tout en ayant une apparence soignée et en s’occupant du noyau familial. La femme parfaite est dans un état perpétuel de burnout. La publicité est explicite à ce sujet. Pendant que l’homme est contraint dans son rôle parental — quand rôle parental codifié par la publicité il y a —, il est le chef et se limite aux jeux avec les enfants ; la femme, quant à elle, est visée dans son rôle de ménagère-teneuse-de-maison. Dans la publicité, les vadrouilles sont tenues par des femmes et si elles sont tenues par des hommes, ce n’est que pour montrer une utilisation si simple que même chéri serait capable de l’employer, gauchement mais sûrement. C’est dans les structures mêmes de la société que s’érigent le rapport de domination, de division des rôles et de l’espace. Et, plutôt que de les combattre, les femmes ont pu acquérir les compétences pour les propager davantage, en devenant les instruments de la domination symbolique dans la presse faite par et pour des femmes par exemple.

Dans un certain idéal de complaisance, on voudrait nous faire croire à l’angélisme féminin. Si les femmes dominaient le monde, tout serait tellement plus doux. C’est faux. Les femmes sont animées par l’ambition, l’appétit du pouvoir et la volonté de puissance au même titre que les hommes. Cette représentation est à la fois basée sur le « caractère féminin », qui est la négativité de la domination, et sur une discrimination positive, qui est une identification à la domination. D’une manière ou d’une autre, on ne se sort pas du rapport de forces.

Au fondement du féminisme, il y a aussi l’idéal d’égalité. Soyons clair, je ne suis pas contre l’égalité salariale ni l’égalité des sexes, mais, dans sa représentation sociale, il y a souvent confusion entre « égalité » et « équivalence ». Être une femme n’est pas équivalent à être un homme. L’erreur féministe, c’est aussi de réduire la femme à l’homme dans une structure homogénéisante des sexes.

Je suis fière d’être une femme, dans ma spécificité d’être-femme. Je me pose comme sujet indépendamment de l’homme, non pas dans ce qui me différencie d’être un homme, mais dans ce qui fait de moi une femme, et ce, en dehors de tous rapports dominant-dominé. Je ne veux pas d’une identité construite à la négative sur ce qui m’exclus d’être un homme, ni être réduite à son équivalent, je veux être reconnue sans reconnaître la soumission. Et si je ne suis pas féministe, c’est que je refuse d’être confinée dans une lutte qui ne remettrait pas en question l’entièreté du système de structures sociales, car avant d’être une femme, je suis un être humain. Pourtant, en me battant contre toutes formes de discrimination et de représentations sociales discriminantes, je ne peux omettre que je me bats aussi pour les femmes.

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Comments
17 Responses to “Et si le féminisme était de l’acharnement thérapeutique?”
  1. Anne Archet dit :

    J’applaudis à tout rompre, mais sincèrement, je ne vois pas en quoi c’est utile d’être fière d’être une femme. Je crois bien modestement qu’il faudrait cesser d’adhérer à cette catégorie et l’abolir.

    Le féminisme souffre de la même tare que toutes les idéologies de gauche qu’est l’identitarisme, c’est-à-dire la valorisation non pas des individus réels mais des catégories sociales auxquelles ils appartiennent, généralement malgré eux. Le résultat, c’est que les individus opprimés choisissent de s’identifier à la catégorie sociale par laquelle leur oppression s’exerce (ici, la catégorie «femme») dans un objectif supposé de défiance envers ladite oppression.

    Le problème, c’est que s’identifier continuellement à un rôle social limite la capacité des individus qui adhèrent à cette stratégie d’analyser en profondeur leur situation sociale et d’agir en tant qu’individus contre leur propre oppression. Ça ne sert à rien d’être fière d’être une femme si ça maintient en vie la catégorie sociale et que ça garantit la pérennité des relations sociales à la source le l’oppression patriarcale. Le but devrait être d’abolir les identités «femme» et «homme» qui ne sont pas des réalités biologiques, mais des constructions sociales.

    Il n’y a que les phallocrates… et les féministes qui ont intérêt à ce que nous nous identifions comme des femmes. Ce n’est qu’à titre de membres de catégories sociales opprimées que les individus sont utiles à la gauche et à ses manœuvres politiciennes, parce que ces catégories sociales agissent comme des groupes de pression et de pouvoir dans un contexte démocratique. Les femmes deviennent alors des individus réifiés, des victimes abstraites à protéger, des êtres symboliques qu’un discours peut détruire, une vile clientèle électorale.

    • La fierté n’est pas utile en soi, certes. Mais il ne faudrait pas non plus se stratifier dans une norme où tous les individus seraient équivalents et pareils, usinés en série. Il s’agit, après tout, de se sortir d’un mouvement de normalisation, que ce soit vis-à-vis des représentations sociales ou dans l’affirmation de l’équivalence. En fait, je défends le droit à la différence sous toutes ses formes, et cela dépasse, je te l’accorde, le simple fait d’être une femme.

  2. Anne Archet dit :

    Je ne crois pas qu’abolir les catégories sociales équivaut à établir une norme unificatrice, bien au contraire.

    Mais je sens que nous sommes fondamentalement d’accord, alors à quoi bon pinailler.

  3. Chris Seroquel dit :

    J’ai bien aimé ce texte, qui n’a pas peur de se mouiller. Si vous le permettez, je voudrais vous poser quelques questions un peu simplistes.

    1) Qui est cet « homme » auquel vous vous référez dans ce texte, et en quoi sa définition est-elle moins réifiée que celle du concept de femme ?

    2) Qu’est-ce que le « patriarcat » pour vous, et en quoi est-il lié à votre réponse à la question 1 ? Le patriarcat est-il une force a priori masculine ? Que partage-t-il avec les hommes que vous côtoyez au quotidien ?

    3) Ce moi profond que vous semblez revendiquer ici (je peux me tromper), et qui serait mal représenté par le discours féministe, est-il une entité tout à fait limpide ? Si oui, pourquoi est-ce si difficile d’en parler sans en revenir aux « troubles dans le genre » ?

    4) Finalement, quelle est votre position face aux idées d’une Judith Butler, justement, que certains considèrent moins anciennes que celles des vieux croutons post-marxistes Bourdieu et Baudrillard ?

    Bonne continuation

    • Vos questions ne sont pas du tout simplistes, mais très pertinentes. Je m’efforcerai d’y répondre au meilleur de ma réflexion (que je tâche de garder en mouvement).

      1) Oui, l’homme auquel je fais référence est aussi une représentation sociale. Il n’est pas moins réifié, il occupe simplement une autre position dans la dualité des rapports de forces. En ce sens, l’homme n’est pas nécessairement un homme, il pourrait même être une femme. C’est un modèle, un exemple, et comme disait Agamben, le propre de l’exmple, c’est de n’être personne. D’ailleurs, on assiste aujourd’hui à l’émergence d’un tiers dans cette dualité, qui serait un modèle « androgyne ». C’est un modèle de représentations basé sur « l’adolescent » et « l’éternelle jeunesse », ambisexué et narcissique, voué à fonctionner comme force consommatrice.

      2) Ici, je l’entends comme la récupération du schéma de l’oppression des femmes par une organisation capitaliste du social. Disons-le comme ça. Ce patriarcat capitaliste est lié à ma réponse précédente en ce qu’il est le producteur des représentations sociales du masculin et du féminin. Il s’en sert pour produire des forces de consommation et c’est ainsi qu’il est un enjeu du quotidien.

      3) Non, le moi n’est jamais une entité limpide. En ce sens, la psychanalyse en fait largement état. S’il est difficile de sortir des théories du genre, c’est parce que l’identité sexuée fait partie de notre construction identitaire individuelle et interagit dans nos rapports sociaux. Par ailleurs, la sexualité est au cœur de tous les conflits psychiques.

      4) Mea culpa. J’avoue, très humblement, ne pas avoir lu Judith Butler.

  4. jean barbe dit :

    Très bon texte. Le féminisme nord-américain avait, comment dire, beaucoup plus de couilles que le féminise français, et voulait conquérir la sphère sociale. Mais là aussi, raté. Seule l’égalité des chances pour tous et toutes devrait en fait succéder à ces ismes qui ont déferlé pendant le vingtième siècle. Mais c’est encore un isme: l’humanisme.

  5. Bon, vous savez ce qu’on dit des jeunes femmes en littérature : « Ça lit Sade pis ça veut faire pareil. » Fait que… Je vais lire Butler et je vais vouloir être queer, c’est ça? Est-ce que c’est dangereux, Luc, dis-moi?

    • Luc Chicoine dit :

      Non, pas pour toi. Ce n’est pas tant que tu n’es plus si jeune, mais plutôt que ton sens critique est aiguisé. Aussi, il est probable que ça entre en contradiction avec les théories psychanalytiques que tu affectionnes. J’ai vraiment hâte d’entendre ton verdict en fait.

  6. Anouk M.Renaud dit :

    Chère Génie de ce siècle,

    Il y a un an, je lisais cet article par hasard, menée dans mes recherches à lire davantage vos écrits car j’avais été accrochée par votre article sur le caractère fasciste du Québec durant la grève. Mes attentes étaient élevées en tombant sur celui-ci et, je dois l’avouer, j’avais été profondément déçue du contenu et de la manière dont vous confiniez le féminisme au sein de limites très restreintes. J’avais voulu commenter vos propos mais je n’ai jamais pris le temps de le faire, malgré que l’article me revenait souvent en tête.

    Aujourd’hui, je suis tombée sur votre billet du Voir et évidemment, je l’ai lu, curieuse de comparer les deux textes. J’ai beaucoup aimé, d’abord parce que j’ai écrit un article similaire il y a quelques années sur la violence de l’identité femme, ensuite parce que j’étais contente de voir que vous reconnaissiez l’importance de soutenir la lutte spécifique des femmes sans la noyer sous les grands discours de l’humanisme, réflexe de bien trop de personnes et qui, à mon avis, dénote une incompréhension de la spécificité des systèmes d’oppression et une ignorance de la nécessaire prise en compte de cette spécificité dans la lutte quotidienne.

    Je dois dire par contre qu’en relisant cet article je reste encore amère. Je veux prendre le temps d’expliquer pourquoi car je pense sincèrement que ça vaut la peine de dialoguer féminisme avec une personne possédant un tel esprit critique, qui a d’autant plus vécu de manière sensible la violence des cadres identitaires genrés et qui est donc bien équipée pour comprendre le féminisme.

    Je ne prétends pas ici parler au nom de toutes les féministes ou tous les féminismes, mais je parle à partir d’un point de vue qui est celui d’une femme qui évolue dans le milieu féministe, principalement universitaire mais aussi militant, depuis déjà plusieurs années, qui a eu beaucoup de débats, lu nombre de textes et qui a donc une idée relativement bonne du féminisme actuel tel qu’il s’articule dans les divers mouvements politiques et théoriques du Québec.

    Je suis féministe depuis plusieurs années et je ne me reconnais pas du tout dans la manière dont vous décrivez ce mouvement. Je vois un problème dans le fait que vous ne vous référiez qu’à des auteurs masculins mais je ne m’y attarderai pas. Mon principal malaise résidait dans le fait que vous semblez ne parler que de deux types de féminisme, soit celui des années 60, dit égalitariste, qui a en effet défendu une identité femme à la négative, calquée sur le modèle masculin sans prendre en compte les racines profondes sur lesquelles l’inégalité qu’elles dénonçaient se fondait, ce qui a imposé la double, sinon triple tâche des femmes ; ou alors vous parlez du « néo-féminisme », un féminisme qui revendique les conséquences de la récupération capitaliste du mouvement et qui est très bien symbolisé aujourd’hui, notamment, par le groupe ukrainien FEMEN. Aucune féministe que je connais ne considère ce type de féminisme comme valable du point de vue des impératifs politiques et théoriques auxquels on fait face aujourd’hui.

    Or, entre ces deux féminismes, il y a eu notamment les féminismes radical, postcolonial et blackfeminism qui ont émergé dans les années 70 et qui ont fortement radicalisé la théorie et les luttes féministes. Le féminisme radical a sorti la lutte du cadre légal et l’a ramenée aux relations de pouvoir, en théorisant, entre autres, le patriarcat. Elles ont fait l’erreur d’universaliser un point de vue qu’était celui des femmes blanches occidentales et ces mêmes féministes radicales, dont je fais partie, assimilent aujourd’hui de mieux en mieux les critiques qui ont été faites par les postcoloniales et les black feminists, et théorisent avec elles la problématique des points de vue et surtout celle de l’intersection des systèmes d’oppression.

    Comme vous l’avez dit, il est vrai que certains systèmes d’oppression (sinon tous) se renforcent mutuellement et qu’en ce sens, la liberté acquise par les femmes a été un élément positif récupéré par le capitalisme pour causer d’autres formes de torts. Mais le féminisme d’aujourd’hui n’est certainement pas celui qui nie ce phénomène, il travaille au contraire à lutter contre le capitalisme et le patriarcat ensemble, et réfléchit sans cesse à de nouvelles manières de concevoir une lutte plurielle. Les différentes théories formulées alors, comme l’intersectionalité, font maintenant partie intégrante des luttes féministes queer, radicales matérialistes ou postcoloniales, et, en ce sens, aucune féministe, du moins à ma connaissance, ne conçoit l’insertion de certaines femmes dans la logique capitaliste de consommation et d’esthétisation du corps comme un bienfait. Au contraire, nous nous battons tous les jours pour se sortir des stéréotypes véhiculés par la jonction patriarcat-capitaliste nous réitérant sans cesse la nécessité de correspondre à un modèle pré-établi de femmes qui ne sert à terme qu’à la domination des hommes. J’ai tellement appris à détester ce type de modèle grâce aux critiques formulées par les féministes que j’ai été vraiment étonnée de voir que vous pensiez qu’elles défendaient en général ce type de modèle comme le symbole d’une libération positive.

    Aujourd’hui les débats théoriques et politiques qui opposent notamment les féministes radicales et les théories queer sur certains points sont des débats complexes qu’il n’est pas pertinent de soulever ici. Seulement, je voulais préciser que de l’expérience que j’ai eu, le mouvement queer n’est pas un mouvement qui s’est construit en opposition radicale au féminisme, et n’est pas un mouvement exempt de toute fixation identitaire, malgré l’idéal qui le fonde. Judith Butler qui est en effet une des icônes du mouvement queer, se disait elle-même méfiante envers ce mouvement revendiquant l’affranchissement des genres et se proclamait comme issue du féminisme, développant sa théorie en parallèle avec lui (Cf. Trouble dans le genre, p.13). À terme, le féminisme radical et les queers ont sensiblement le même objectif qu’est celui du dépassement de la dichotomie hommes/femmes, voire l’abolition de ces catégories. Leur différence ne se situe principalement que dans leur méthode : alors que les féministes radicales défendent la nécessité d’utiliser la catégorie femmes de manière politique (et non pas essentialiste du type « littérature féminine ») dans un contexte où l’égalité n’est pas atteinte et qu’on ne pourrait pas défendre des droits de personnes qui ne seraient reliées par aucun cadre identitaire (même si, à terme, elles veulent cesser l’utilisation de cette catégorie), les queers vont plutôt travailler en fonction de l’idéal, c’est-à-dire en inventant chaque jour une nouvelle manière de vivre son genre/sexe dans le but d’éviter des réifications identitaires trop contraignantes.

    Bref, le féminisme, selon moi, est fortement d’actualité et pourrait être un endroit prolifique sur lequel appuyer vos critiques. Il est de plus en plus prégnant au sein de nos universités comme courant théorique complexe et en dialogue constant avec les sciences sociales et la philosophie, et il est même, à mon avis, visiblement en train de proposer des nouveaux types de rapport à la connaissance qui sont de plus en plus considérés, étudiés, discutés. Il vaudrait, je crois, bien la peine que vous y jetiez un coup d’oeil.

    Solidairement, de la part d’une fille qui est, elle aussi, décidément tannée de se faire réduire à son corps de femme.

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