Queer & the Shitty. Pilote

Dans la vie comme dans le cul, peu importe le lieu où l’on se trouve et avec qui, peu importe si on est seul, incapable de trouver une baise, peu importe notre mission sur terre et qu’on soit musulman, bisexuel ou une conne, qu’on soit la femme de ménage d’un banquier ou Mère Térésa de Calcutta, un tireur fou peut se pointer.

Qu’on porte ou non un carré rouge sur notre manteau, qu’on soit seul devant une queue géante en train de ramoner une cenne noire qui beure épais si c’est notre trip ou sur la Promenade Ontario devant un gros clown qu’on trouve crissement baisable fouille-moi pourquoi, ou dans le lit d’un parfait inconnu qui sent l’odeur sale qu’on aime, dans la rue, devant l’improbable, dans une ruelle, dans le cul du pire des improbables, en amour, comme quand on croit avoir enfin trouvé la personne idéale, idéalement clean et belle, sans morpions, intelligente mais pas chiante, IL Y A DES RISQUES.

La vie déguisée en Chucky peut te pogner, te donner trois ou quatre coups de couteau et après on sait ce qui va arriver. C’est très bien huilé parce que c’est une chienne, la Chucky Life ; elle ne veut qu’une seule et unique chose : te faire chier. Sa face de poupée capote de rire à l’idée de s’auto-engraisser pour ensuite vomir sa marde dans ta face.

Des fois, c’est pire. La Chucky pas fine devient Jason. Elle prend une hache. Elle se fout vraiment de toi quand ça arrive. Et là, elle peut te faire rencontrer un maniaque dix fois pire que le pire des maniaques… genre un dude qui te propose un verre, te flatte ta chatte rasée, te met sans capote dans son char et te sacre finalement dans un fossé avec le cul qui saigne. Son dossier pourrait indiquer qu’il est le pire des mythomanes et qu’il connaît ton père ou ta mère si tu regardes quotidiennement TVA. Ton agresseur pourrait être un ami ; il pourrait être nous.

Je pourrais arriver et te séduire, te dire je t’aime en trois minutes les yeux dans les yeux, te fourrer, dire : on va se marier, et mettre mon gun dans ta gorge ; Ritz Carlton pourrait faire une crise en te rasant de trop proche, t’aimer un instant mais finalement trouver que c’est éphémère et BANG… et chanter devant ton bain de sang et même le lécher par terre ; Nicky aurait pu décider que ce jour-là, tu ne valais pas la peine de te retrouver devant lui, te sucer, te crosser, et te ranger dans sa collection de papillons aux ailes clouées ; et que dire de Minette… c’est la pire des cochonnes… tu verras.

Tout ça pour dire que si on se croise, tu vas passer un moment agréable. La baise sera mémorable. Même ta tombe s’en souviendra.

*

Quand Ritz m’a parlé pour la première fois de sa conception de l’amour, je ne savais pas que les choses allaient tourner comme ça ; j’ignorais tout parce que j’étais calfeutré en moi, pris entre les quatre murs de mon romantisme trop flambant glauque pour que je réalise que ma violence devait sortir. Après, tout s’est passé vite. Une fois l’abcès crevé, notre pus s’est mis à inonder les rues de Montréal. Les bouches d’égout n’en revenaient pas. C’était comme si Ritz Carlton nous avait envoyé une bombe en pleine face. La révélation nous a fait passer du statut de martyrs de l’amour – moi, Minette et Nicky – à celui de sadiques finis. Ritz savait déjà tout ça ; en matière de carnage sentimental, elle avait une méchante avance sur nous.

-          Aimer, c’est pire que la grande roue… C’est pire qu’un manège parce que dans un manège, tu y vas même si tu sais que tu vas dégueuler ta race dedans. Dans l’amour, on ne peut même pas embarquer. C’est de même. Aimer c’est out avant de passer Go.

Je l’ai regardée et j’ai trouvé ça vrai. J’ai repensé à Mimosa Woolf qui venait de me sacrer là. Je me suis dit : la salope va payer ;  elle va regretter de m’avoir tué. C’est niaiseux mais je me suis mis à chigner. J’ai été touché comme quand je croyais qu’aimer voulait dire prendre des risques, même si je savais que j’étais ignorant de l’amour et que je faisais comme si je le connaissais. Mes souvenirs commençaient à me faire chier. Mes larmes voulaient sortir de moi. Ritz s’est sentie mal :

-          Ok, trésor… arrête… viens, j’te paye plein de drinks.

Minette Salinger m’a fait des yeux doux. Nicky s’est remonté le paquet. On ne le savait pas, mais on s’en allait se saouler en gang avant de devenir ce qu’on est.

On s’est habillé en putes de l’amour et on est arrivé dans le village des Nathalies. Même si on connaissait le coin, c’était choquant de platitude. On atterrissait dans le Mainstream fashion called Ste-Catherine Est. J’ai eu l’impression que plus le monde essayait de se démarquer, plus il se crucifiait dans le Même.

-          Tabarnak ! On dirait un panier d’épicerie pendant le carême !… de s’exclamer Minette.

-          Euh… tellement ! C’est comme si on était pogné sur l’autoroute du Reich arc-en-ciel, dit Nicky Dean.

-          Ben, au moins, regarde, y’a un parterre de douchebags avec des p’tits chiens là-bas ! (J’ai dit ça pour essayer de nuancer mais bon.)

La rue Ste-Catherine Est était en feu. Ça sentait le Calvin Klein mélangé avec la vaseline post-sodomie qui ressort des trous dilatés à plein nez. Une armée de gros gars avec des casquettes en cuirette one size fit all (la même sur des têtes distinctes mais contaminées par le même sourire épais) s’est approchée de nous. On a changé de trottoir. Le plus bear de la gang a fait un beau tata mou à Nicky. Ritz était crampée.

Avant d’entrer dans notre lieu de débauche, on eu le temps de mourir de terreur au moins quarante fois entre le métro Papineau et Berri.

*

Dans le bar, en sécurité, Minette n’en revenait pas. Les pompons dans l’cul qui se trimballaient avec des sacoches lui donnaient le goût de leur râper la face sur la ligne jaune. Selon elle, tout le monde était presque pareil avec le même col en V sur un chest épilé bronzé avec juste la couleur du t-shirt pour faire une différence. On s’est dit que les plus audacieux arboraient le vert menthe corridor d’hôpital. Minette Salinger rushait, la pauvre :

-          C’est vraiment des stéréotypes ambulants, man ! R’garde-les faire leur show…

Nicky a renchérit, comme tantôt :

-          J’ai beau passer mon temps à chercher la plus grosse bosse dans les jeans, c’est crissement vrai, Minette. On devrait les liquider, les stéréotypes de marde !

Ritz Carlton a replacé son rack à boules. Ses yeux noirs disaient qu’elle trouvait l’idée vraiment bonne.

-          On tue les images ? C’est juste des tatouages, anyways. Les croiser, c’est comme entrer dans une logique de guerre contre notre reflet déformé dans un miroir cassé. C’est vraiment dérangeant. Tuer les images serait écologique non ? Un genre d’engagement politique…

On a fait un tchin-tchin tellement puissant que le clic des verres aurait pu réveiller la mer Morte. Et on est devenu nous.

Depuis ce soir-là, Montréal a peur. Elle tremble de tous ses buildings. On en est à 108 disparus. Montréal ne sait plus où se mettre… et nous, on se met partout.

*

À SUIVRE.

SAISON I. ÉPISODE II : FIN AVRIL 2012

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Comments
8 Responses to “Queer & the Shitty. Pilote”
  1. Stéphane Ranger dit :

    Allright! J’avais hâte.

  2. Stéphane Ranger dit :

    Attention, y en a qui pourraient trouver que t’as une esthétique du trash pour le trash…

    • Ranger, comme tu ne sais pas lire, laisse-moi t’expliquer : il y a le trash et le trash pour le trash. Aon. J’ai lu le texte de SS avant publication et il avait ma bénédiction. D’ailleurs, je suis dedans, c’est juste que je ne m’appelle ni Génie de ce Siècle ni Minette Salinger. Moi aussi, je t’aime.

      • Anne Archet dit :

        Je ne savais pas qu’il fallait obtenir un nihil obstat pour publier ici. J’espère ne pas avoir fait de faux pas…

        • Façon de parler. De dire que je ne suis pas systématiquement contre tout et que ma pensée ne se réduit pas à une expression décontextualisée. Et ça ne paraît peut-être pas, mais quand on évites les insultes personnelles et les accusations bidons, j’adore discuter autour d’un texte.

  3. nadjibamar dit :

    Bonne idee de départ mais texte difficile a suivre. Bon courage.

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  1. [...] SS Latrique a un nom incroyable et ses personnages aussi – comment ne pas craquer pour une Mimosa Woold ou une Minette Salinger ? - : http://terreurterreur.com/2012/04/12/queer-the-shitty-pilote-2/ [...]



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